BreedQuestHistoiresChiensSanté et soinsPhlébotomes et leishmaniose : ce qui protège vraiment un chien
Partager
Dog lying on a terrace in a Mediterranean garden at dusk, the hour when sandflies begin to feed

Phlébotomes et leishmaniose : ce qui protège vraiment un chien

Guide d'entretien · · 9 min de lecture

La leishmaniose canine est transmise par un phlébotome de deux à trois millimètres qui pique en silence à la tombée du jour. Les Italiens l’appellent pappatacio, en gros « il mange et il se tait », ce qui explique bien pourquoi personne ne le chasse d’un revers de main. L’erreur qui coûte le plus cher aux chiens, c’est de croire qu’un antipuces-antitiques déjà en place couvre le risque. La plupart ne le couvrent pas. Seuls les pyréthrinoïdes en application externe repoussent le phlébotome avant qu’il ne pique, et un produit qui tue l’insecte après la piqûre arrive trop tard quand une seule piqûre suffit à délivrer le parasite. Voici ce que fait l’insecte, ce que fait la maladie, et ce qui réduit vraiment le risque.

L’insecte qu’on n’entend jamais

Un phlébotome mesure de 1,5 à 3,5 millimètres, il est velu, avec de gros yeux noirs et de longues pattes grêles, et il tient ses ailes relevées en V quand il se pose. Seules les femelles prennent du sang. Elles piquent surtout au crépuscule et pendant la nuit, quand la température baisse et que l’humidité monte, et elles piquent aussi en journée à l’intérieur, dans une pièce sombre. Elles volent mal, restent en général à quelques centaines de mètres de leur lieu d’éclosion, et un vent léger suffit à les clouer au sol.

Deux détails invalident une bonne partie des conseils courants. Les phlébotomes ne se reproduisent pas dans l’eau stagnante : vider les seaux et les soucoupes, excellent réflexe contre les moustiques, ne sert à rien contre eux. Ils pondent dans les sols humides et les matières organiques en décomposition, les feuilles mortes, le compost, les fissures des murs, les abris d’animaux, les gravats. Et ils sont assez petits pour passer à travers une moustiquaire ordinaire, calibrée pour les moustiques : il faut une maille inférieure au millimètre pour les arrêter.

En Europe tempérée, les adultes ne sont présents que pendant les mois chauds, d’avril à novembre environ selon la latitude. La carte traditionnelle, le pourtour méditerranéen et rien au-delà, n’est plus à jour. En France, la maladie est installée de longue date sur la Côte d’Azur, en Provence, dans les Cévennes, les Pyrénées-Orientales et en Corse, mais les phlébotomes vecteurs sont désormais établis plus au nord et plus haut en altitude qu’il y a une génération, avec des cas recensés dans des régions du nord de l’Italie longtemps considérées comme indemnes et des colonies confirmées au Tessin, en Suisse italienne. Ajoute à ça les chiens adoptés en Espagne, en Grèce, au Portugal ou en Roumanie puis ramenés en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, et ce n’est plus seulement une maladie qu’on rapporte de vacances.

Ton antipuces-antitiques ne couvre probablement pas ça

Gros plan sur les mains d’un maître qui referme un collier de protection uni autour du cou de son chien

C’est le passage à lire deux fois, parce que c’est le malentendu le plus fréquent et le plus coûteux du sujet. La protection contre la leishmaniose repose sur le fait d’empêcher la piqûre, pas de tuer l’insecte. Un comprimé à croquer moderne est excellent pour tuer les puces et les tiques, et sans le moindre intérêt ici, parce que le phlébotome pique, puis meurt. Le parasite est déjà passé. Les études sur les isoxazolines orales sont explicites : elles n’empêchent pas la transmission au chien traité et n’ont aucun effet répulsif.

Ce qui marche, c’est un pyréthrinoïde en application externe portant une revendication répulsive : perméthrine, deltaméthrine ou fluméthrine. Une pipette à la perméthrine repousse pendant trois à quatre semaines, il faut donc la renouveler toutes les trois semaines pendant toute la saison, et l’appliquer au moins deux jours avant l’exposition. Un collier à la deltaméthrine se met en place une à deux semaines à l’avance et tient plusieurs mois, jusqu’à un an pour l’un des produits. Un collier imidaclopride-fluméthrine a montré une réduction du risque d’infection jusqu’à huit mois. Dans un essai de terrain en zone d’endémie, une pipette à la perméthrine et un collier à la deltaméthrine ont chacun réduit le risque d’infection d’environ 84 % par rapport à des chiens non traités.

Le test pratique, donc : lis l’étiquette et cherches-y une revendication répulsive contre les phlébotomes ou Phlebotomus, au lieu de supposer qu’un produit qui gère les puces et les tiques gère forcément celui-là. Si ton chien vit dehors en zone d’endémie, un chien de protection de troupeau comme un Berger de Maremme qui dort au pré toutes les nuits d’été est l’animal le plus exposé qui soit, et celui pour qui la différence entre collier et comprimé compte le plus.

Une règle sans exception : la perméthrine ne doit jamais être utilisée sur un chat, ni sur un chien qui vit avec un chat. Les chats ne savent pas métaboliser les pyréthrinoïdes, et cela peut aller jusqu’aux tremblements, aux convulsions et à la mort. Un chat n’a même pas besoin d’être traité pour être intoxiqué : toiletter un chien fraîchement traité suffit. Dans un foyer mixte, choisis un collier à la deltaméthrine ou à l’imidaclopride-fluméthrine, et sépare les animaux tant que le produit externe n’est pas sec.

Ce que fait la maladie, et à quel rythme

Vétérinaire prélevant un peu de sang sur la patte avant d’un chien calme pour un test de routine

La leishmaniose est lente, et c’est ce qui rend le lien avec une piqûre si difficile à faire. L’incubation va de quelques mois à plusieurs années : un chien piqué pendant les vacances d’août peut tomber malade au printemps suivant, ou deux étés plus tard. Être infecté n’est pas non plus être malade. Beaucoup de chiens vivant en zone d’endémie portent le parasite sans jamais devenir des cas cliniques, tenus en respect par leur propre réponse immunitaire.

Quand la maladie se déclare, elle commence en général par la peau. Le tableau classique, c’est un poil qui s’éclaircit et pèle autour des yeux, sur le chanfrein et le bord des oreilles, ce qui donne un air de lunettes, avec des plaies qui ne cicatrisent pas, des nodules, et des griffes anormalement longues, cassantes, en surcroissance. Au-delà de la peau : ganglions gonflés, amaigrissement et fonte musculaire malgré un appétit normal, abattement, saignements de nez, et inflammations oculaires dont l’uvéite.

L’organe qui décide de l’issue, c’est le rein. Des complexes immuns abîment les glomérules, et l’insuffisance rénale qui en découle est considérée comme la première cause de mortalité. La version qu’un maître peut réellement repérer, c’est un chien qui se met à boire énormément et demande à sortir la nuit. Si ton chien vit en zone d’endémie ou y a séjourné, une soif nouvelle est une raison de faire un test, pas d’acheter une plus grande gamelle.

Le diagnostic passe par une prise de sang, d’abord une sérologie quantitative, avec une PCR pour mesurer la charge parasitaire. En zone d’endémie, la recommandation est de dépister les chiens sains une fois par an ; un chien qui y a voyagé doit être testé six mois après le séjour, parce qu’un test trop précoce passe à côté. Un chien séropositif ne doit jamais être donneur de sang.

Ce n’est pas contagieux comme les maîtres le redoutent

Ton chien ne peut pas te transmettre la leishmaniose en te léchant, en dormant dans ton lit ou en buvant dans la même gamelle, et il ne peut pas la transmettre non plus par ce biais à l’autre chien de la maison. Le parasite doit accomplir une partie de son cycle à l’intérieur d’un phlébotome avant de pouvoir infecter quoi que ce soit. C’est la réponse à la question que pose tout maître qui a des enfants, et le Robert Koch-Institut, l’institut allemand de santé publique, prudent d’ordinaire sur ce terrain, qualifie de très faible le risque humain lié aux chiens importés.

La note honnête, c’est qu’il existe des voies documentées qui court-circuitent l’insecte, et elles valent d’être connues parce que ce sont celles sur lesquelles on peut agir : la transfusion sanguine, la mère aux chiots avant la naissance, et la saillie. Aucune ne relève du quotidien à la maison. Une transmission directe de chien à chien a été jugée probable dans une poignée de cas et reste non démontrée : la formule juste n’est donc pas « impossible », mais « pas par contact ordinaire ».

Un test positif n’est pas non plus une condamnation, et encore moins un motif d’euthanasie. Le consensus vétérinaire international de 2025 rejette l’euthanasie des chiens pour des raisons de santé publique, et l’abattage des chiens séropositifs n’a jamais fait baisser les taux d’infection, ni chez les chiens ni chez les humains. Le traitement, en général un antileishmanien associé à l’allopurinol pendant six à douze mois ou davantage, amène une rémission clinique, pas une guérison. La plupart des chiens traités restent porteurs et peuvent rechuter : ils ont besoin d’un suivi tous les trois à quatre mois la première année, puis à vie. Beaucoup vivent bien pendant des années, et c’est pour ça qu’un chien adopté en Espagne ou en Grèce avec un résultat positif, un Podenco d’Ibiza par exemple, est un chien à accompagner plutôt qu’un chien à refuser.

Le vaccin, franchement

Il existe un vaccin, et il fait moins que ce que son nom laisse croire. Il n’empêche pas les phlébotomes de piquer et il n’empêche pas l’infection. Ce pour quoi il a une autorisation, c’est réduire le risque qu’un chien infecté développe une maladie active. Dans l’essai de terrain de deux ans qui soutient le produit européen actuel, 4,7 % des chiens vaccinés ont développé une leishmaniose clinique, contre 10,2 % des témoins : une réduction réelle et utile, pas un bouclier.

C’est pour ça que les recommandations traitent le vaccin et le répulsif comme les deux moitiés d’un même plan, et non comme deux options concurrentes. Les répulsifs réduisent nettement le risque d’infection mais ne font plus rien une fois le chien infecté ; le vaccin ne fait rien contre les piqûres mais abaisse le risque qu’une infection devienne une maladie. La vaccination suppose aussi un chien qui n’est pas déjà infecté, donc un test d’abord, et elle demande un rappel tous les ans.

Deux points à corriger si tu tombes sur des conseils anciens. CaniLeish, le vaccin que la plupart des articles citent encore, a été retiré du marché européen en 2021 pour des raisons commerciales et officiellement arrêté en 2023 ; le produit actuel n’interfère pas avec les tests sérologiques de routine, ce que faisait son prédécesseur. Et aucun vaccin contre la leishmaniose n’est autorisé aux États-Unis.

Les chats : infection banale, maladie rare

Les chats sont piqués et infectés bien plus souvent que le silence de la littérature ne le laisse croire. Une étude multicentrique de 2024 menée sur le pourtour méditerranéen a trouvé des anticorps chez 17,3 % de plus de deux mille chats, de 12,6 % en Italie à 24,7 % au Portugal. En face, tout ce qui a été publié en leishmaniose féline clinique se résume à 63 cas. L’écart entre ces deux chiffres, c’est toute l’histoire : l’infection est banale, la maladie est rare.

Les chats qui tombent malades sont surtout des chats dont le système immunitaire est déjà occupé ailleurs. Deux tiers des cas publiés avaient une autre affection, avec le FIV chez près de quatre sur dix et le FeLV chez environ un sur treize. Les signes reprennent le tableau canin : des lésions cutanées le plus souvent, puis des atteintes générales et oculaires. Le diagnostic est plus difficile parce que les chats produisent des réponses en anticorps plus faibles, alors les vétérinaires s’appuient davantage sur la cytologie et la biopsie.

Côté prévention, il n’y a pas de vaccin félin, et les options du chien ne se transposent pas : un collier imidaclopride-fluméthrine a été étudié chez le chat et c’est la voie raisonnable pour un chat qui sort en zone d’endémie. Tout le reste revient à la même règle que dans le reste de cet article, en plus strict encore. Jamais de produit à la perméthrine pour chien sur un chat, et jamais un chat qui toilette un chien traité le matin même.

Questions fréquentes

Puis-je attraper la leishmaniose de mon chien ?

Pas par contact ordinaire. Le parasite doit se développer à l’intérieur d’un phlébotome avant de pouvoir infecter qui que ce soit, donc les léchouilles, le lit partagé ou la gamelle commune ne transmettent rien. Les cas humains en Europe viennent de piqûres de phlébotomes, et les autorités de santé publique jugent très faible le risque lié à la vie avec un chien infecté.

Comment la leishmaniose se transmet-elle au chien ?

Par la piqûre d’une femelle phlébotome infectée, un insecte de 2 à 3 millimètres qui pique en silence au crépuscule et pendant la nuit. Des voies qui court-circuitent l’insecte existent, mais elles ne sont pas quotidiennes : la transfusion sanguine, la mère aux chiots avant la naissance, et la saillie. La transmission directe de chien à chien par contact reste non démontrée.

J’utilise déjà un antipuces-antitiques. Protège-t-il contre les phlébotomes ?

En général non. Ici, la protection repose sur le fait de repousser l’insecte avant qu’il ne pique, or la plupart des antipuces modernes, et surtout les comprimés à croquer, ne tuent qu’après la piqûre, quand le parasite est déjà passé. Il te faut un pyréthrinoïde en application externe portant une revendication répulsive contre les phlébotomes : perméthrine, deltaméthrine ou fluméthrine.

La leishmaniose du chien se guérit-elle ?

Le traitement met en général la maladie sous contrôle sans l’éliminer. La plupart des chiens traités restent infectés, peuvent rechuter et demandent un suivi à vie, en principe tous les trois à quatre mois la première année, puis tous les six à douze mois. Beaucoup vivent très bien pendant des années sur cette base : un test positif ouvre un plan de suivi, ce n’est pas un verdict.

Combien de temps vit un chien atteint de leishmaniose ?

Beaucoup de chiens vivent des années, et certains restent infectés sans jamais tomber malades. Le pronostic dépend surtout des reins, puisque l’insuffisance rénale est la cause de mortalité habituelle : tout se joue donc sur la précocité du diagnostic et la qualité du suivi. Un chien diagnostiqué à un stade précoce, avec des valeurs rénales normales, a de bonnes perspectives.

Les chats peuvent-ils attraper la leishmaniose ?

Oui, et l’infection est plus fréquente que la plupart des maîtres ne l’imaginent : environ 17 % des chats testés sur le pourtour méditerranéen portaient des anticorps. La maladie déclarée, elle, est rare et se concentre chez les chats atteints de FIV, de FeLV ou d’une autre affection immunodéprimante. Il n’existe pas de vaccin félin, et les produits à la perméthrine pour chien ne doivent jamais être utilisés sur un chat.