Les races de chiens qui ont disparu, et celle qu’un génome de 2023 a remise en lumière
La plupart des races de chiens éteintes ne se sont pas éteintes par négligence. On les a diluées par l’élevage, rendues inutiles par le travail ou éliminées par la loi, et leurs gènes ont en général filé quelque part plutôt que nulle part. La preuve récente la plus nette est arrivée en décembre 2023, quand une équipe menée par Audrey T. Lin et Logan Kistler au Smithsonian a séquencé le génome d’un chien laineux disparu depuis plus d’un siècle, et a montré que l’histoire qu’on racontait sur sa disparition était fausse.
Le chien laineux salish, lu à partir d’une seule peau

Le chien laineux salish est le cas le mieux documenté d’une race perdue ramenée en lumière par l’ADN. Les peuples salish de la côte, dans le Nord-Ouest pacifique, gardaient un petit chien blanc au pelage de toison dont on tondait le poil pour le filer en couvertures, une pratique sans véritable équivalent ailleurs dans le monde canin. Par sa carrure, il ressemblait à un spitz nordique compact, plus proche d’un Samoyède ou d’un Husky de Sibérie que d’un quelconque retriever de travail. À la fin du XIXe siècle, ces chiens avaient disparu, et pendant longtemps la cause supposée fut anodine : des couvertures de traite bon marché sont arrivées, alors l’élevage a simplement cessé et les chiens se sont fondus par croisement.
L’étude de 2023 dans Science, signée Audrey T. Lin, Logan Kistler et leurs collègues, a confronté cette hypothèse aux preuves. Ils ont séquencé le génome à partir de la peau de « Mutton », un chien laineux collecté en 1859 et conservé au Smithsonian, la seule toison connue de ce genre. L’ascendance de chien laineux de Mutton remontait à environ 4 800 ans et, malgré un arrière-grand-parent européen, l’essentiel du génome était un chien indigène précolonial distinct, avec un mélange colonial limité. L’équipe a aussi signalé des variants génétiques candidats liés au pelage filable lui-même.
La partie qui recadre l’histoire, c’est la conclusion. En travaillant aux côtés des Aînés, des Gardiens du savoir et des tisserands salish de la côte, les chercheurs ont soutenu que ce sont les politiques coloniales, et non le croisement, qui ont provoqué l’effondrement de la race. Les couvertures bon marché n’ont pas tant supplanté les chiens que l’assaut mené autour d’eux contre la culture qui les entretenait a supprimé les conditions mêmes de leur maintien. C’est un cas rare où la génomique et le savoir autochtone pointent vers la même réponse, plus inconfortable, et un rappel qu’un chien peut porter autant de poids culturel que n’importe laquelle des races que des nations ont érigées en emblèmes nationaux.
Le chien tournebroche, rendu obsolète par la mécanique
Le chien tournebroche s’est éteint parce que le travail pour lequel il avait été bâti a disparu. À partir du XVIe siècle, les cuisines britanniques ont élevé un chien aux pattes courtes et au corps long, parfois catalogué comme Canis vertigus ou « vernepator cur », pour courir dans une roue fixée au mur et faire tourner une broche à rôtir pendant des heures. C’était un animal fait sur mesure, façonné pour une seule tâche, plus proche d’un ustensile de cuisine que d’un compagnon.
Les tourne-broches mécaniques ont rendu cette tâche inutile. À partir des années 1850, ces chiens se sont effacés, et vers 1900 ils avaient disparu. Comme personne ne les inscrivait ni ne les exposait, rien n’a été conservé, aucune lignée à faire renaître, à peine un spécimen correct à étudier. C’est la leçon discrète du tournebroche : une landrace de travail sans amateurs derrière elle peut disparaître complètement, ne laissant qu’un nom et quelques descriptions sinistres. Ça vaut la peine de mettre ça en regard des races qu’on a bel et bien gardées par sentiment ou par sport, et des chiens des villages en libre reproduction qui n’ont jamais eu besoin d’un amateur pour survivre. Les landraces survivantes comme le Basenji et le Dingo persistent pour la raison inverse : leur niche ne s’est jamais fermée.
Le St John’s water dog, ancêtre de tous les retrievers

Le chien éteint le plus lourd de conséquences est celui dont presque personne n’a entendu parler : le St John’s water dog. C’était une landrace de travail de Terre-Neuve, parfois appelée le petit Terre-Neuve, et c’est l’ancêtre direct des retrievers modernes. Le Labrador Retriever, le Golden, le Flat-Coated, le Curly-Coated et le Chesapeake Bay en descendent tous, tout comme, de plus loin, le géant Terre-Neuve avec qui il partageait une île.
Le type n’est donc pas vraiment perdu, il est dispersé. Les gènes qui faisaient un chien de pêche robuste, amoureux de l’eau et docile ont été versés dans les retrievers, tout un pan du groupe des chiens de chasse, avant de diverger. La landrace elle-même, en revanche, est morte en tant que chose distincte : les deux derniers individus connus étaient des mâles photographiés dans les années 1980, trop vieux et du mauvais sexe pour prolonger une lignée. Si tu veux voir ce qui se passe quand une population de travail est absorbée dans des races de pedigree plutôt que gardée telle quelle, c’est le cas d’école, et il voisine directement avec l’invention victorienne de la race moderne qui a remodelé une grande partie du monde canin à la même époque.
Le terrier et le spaniel qui ont été absorbés, pas perdus
Deux chiens britanniques du XIXe siècle montrent l’absorption comme un sort distinct de l’extinction. L’English White Terrier était une tentative du milieu des années 1800 de terrier d’exposition tout blanc aux oreilles droites. Il a échoué dans le ring, n’a jamais pris, et plutôt que de survivre comme rareté il a été fondu dans le développement du Fox Terrier et d’autres terriers avant de ne plus être élevé du tout. Il n’existe plus aujourd’hui que comme ingrédient dans des chiens qui lui ont survécu.
Le Tweed Water Spaniel est le fantôme le plus célèbre. Chien d’eau de travail brun originaire des environs de Berwick-upon-Tweed, il s’est éteint au XIXe siècle, mais pas avant d’être devenu un contributeur fondateur des lignées de retriever et, surtout, du Golden Retriever. Les deux chiens font la même démonstration que le St John’s water dog à plus petite échelle : une race peut s’éteindre tandis que son ADN se poursuit à l’intérieur de quelque chose de plus à la mode. L’extinction d’un nom n’est pas toujours l’extinction d’une lignée, et c’est pourquoi les affirmations selon lesquelles une race est « vraiment ancienne » méritent le genre d’examen qu’on a mené dans quelles races sont vraiment anciennes.
Talbot et Molosse : des légendes, pas des archives
Tout chien perdu célèbre n’est pas une race documentée, et il importe de garder les deux à part. Le Talbot était un chien de chasse anglais médiéval, représenté en héraldique comme blanc, à la poitrine profonde, aux pattes courtes et aux longues oreilles, et traditionnellement présenté comme un ancêtre du beagle et du foxhound. Cette ascendance est du folklore, transmis par la littérature de chasse, pas quelque chose d’établi par la génétique. Le Talbot est réel comme image et comme nom ; son arbre généalogique est une histoire dont on a hérité plutôt qu’un résultat qu’on a prouvé.
Le Molosse est encore plus fragile, et régulièrement mal situé. C’était un vrai type de chien ancien dans les écrits grecs et romains, un large animal de type mastiff, et un ancêtre plausible des mastiffs ultérieurs. Mais il vaut mieux le décrire comme un type historique reconstruit à partir de l’art et des textes, pas comme une race avec un standard, et son foyer était la Molossie, en Épire, dans le nord-ouest de la Grèce, pas l’Italie comme on l’indique souvent à tort. Prends le Talbot comme le Molosse pour ce qu’ils sont, semi-légendaires : bons à connaître, pas à citer comme si on avait leurs pedigrees. Ce genre de cafouillage géographique est assez courant pour qu’on lui ait consacré son propre article, races nommées d’après le mauvais pays.
L’un d’eux peut-il revenir ?
Pas en tant qu’animaux qu’ils étaient, non. Un génome séquencé, comme celui de Mutton, te dit ce qu’était un chien, mais lire un génome n’est pas la même chose que reconstruire une population vivante à partir de lui, et le pelage laineux, le tempérament et le rôle du chien laineux salish étaient liés à une culture, pas seulement à un jeu de gènes. La réponse honnête, c’est que l’ADN peut récupérer l’archive, pas le chien.
Ce que les gens font à la place, c’est reconstruire une allure. Des éleveurs bâtissent parfois un nouveau chien qui ressemble à un chien perdu en sélectionnant parmi ses parents survivants, mais le résultat est une création neuve portant un vieux nom, plus proche dans l’esprit des races rares qu’on maintient à bout de bras aujourd’hui que d’une vraie résurrection. Si tu veux l’arrière-plan plus profond de la provenance première de ces chiens, ça remonte jusqu’à la domestication du loup, et va jusqu’à chaque fiche de notre catalogue de races de chiens, ou l’histoire parallèle et bien plus courte de d’où viennent les races de chats. L’extinction, chez les chiens, veut surtout dire qu’une niche de travail s’est fermée ou qu’une culture a été brisée. Les gènes lui survivent en général ; le chien, non.
Questions fréquentes
Quelles races de chiens sont éteintes ?
Parmi les races et landraces éteintes bien documentées, on trouve le chien laineux salish de la côte nord-ouest du Pacifique, le chien tournebroche britannique, le St John’s water dog de Terre-Neuve, l’English White Terrier et le Tweed Water Spaniel. Des types plus anciens comme le Talbot et le Molosse sont connus par l’art et les textes plutôt que par des archives solides, alors mieux vaut les qualifier de semi-légendaires.
Pourquoi le chien tournebroche s’est-il éteint ?
Son unique travail a disparu. Le tournebroche était élevé pour courir dans une roue et faire tourner une broche à rôtir, et les tourne-broches mécaniques l’ont rendu superflu à partir des années 1850. Comme il n’a jamais été inscrit ni exposé, rien n’a été conservé, et il avait disparu vers 1900.
De quelle race vient le Labrador ?
Le Labrador descend du St John’s water dog, une landrace de travail éteinte de Terre-Neuve. Cette même landrace est l’ancêtre commun des retrievers Golden, Flat-Coated, Curly-Coated et Chesapeake Bay.
Qu’était le chien laineux salish ?
Un petit chien blanc au pelage de toison gardé par les peuples salish de la côte, dans le Nord-Ouest pacifique, dont on tondait le poil pour le filer en couvertures. Une étude génomique de 2023 portant sur une peau de 1859 a montré que son ascendance de chien laineux remontait à environ 4 800 ans et restait en grande partie un chien indigène précolonial distinct.
Pourquoi le chien laineux salish a-t-il disparu ?
L’étude de 2023 dans Science, signée Lin, Kistler et leurs collègues, menée avec des Aînés et des tisserands salish de la côte, a conclu que ce sont les politiques coloniales, plutôt qu’un simple croisement, qui ont provoqué l’effondrement de la race au XIXe siècle. Les couvertures de traite bon marché à elles seules ne l’ont pas achevée ; c’est la destruction de la culture qui entretenait ces chiens qui l’a fait.
Peut-on faire revenir des races de chiens éteintes ?
Pas en tant qu’animaux d’origine. Un génome séquencé consigne ce qu’était un chien mais ne peut pas reconstruire une population vivante ni la culture et le rôle auxquels il appartenait. Des éleveurs peuvent recréer une allure semblable à partir de parents survivants, mais ça donne un nouveau chien portant un vieux nom, pas une vraie résurrection.
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